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eBalzac : Questions de style dans les humanités numériques

Congrès NCFS 2017

10
Novembre
2017
Congrès NCFS 2017

Jefferson Ballroom Salon C
15h15–16h30

Présidence de séance : Andrea Del Lungo

Répondante : Martine Reid

Maxime Perret (Université Paris-Sorbonne) : « Et si Balzac écrivait bien ? Redécouvrir La Comédie humaine »

La critique du xixe siècle, depuis Sainte-Beuve au moins, a systématiquement critiqué la prose balzacienne : immorale, ennuyeuse et, surtout, énoncée avec de terribles lourdeurs de style qui rendent le texte incompréhensible. Les éditions modernes, celle de la Pléiade incluse, n’ont pas toujours permis de lever les doutes sur l’obscurité de quelques phrases. Je propose de montrer, dans le cadre de cette communication, que certaines fautes de style relevées au fil des décennies par la critique sont imputables à des erreurs commises par les éditeurs de Balzac, qui n’ont pas toujours su déchiffrer ou reporter exactement les corrections apportées par l’auteur sur son exemplaire du Furne corrigé. Il s’agira de montrer qu’une nouvelle édition de l’œuvre de Balzac, telle qu’elle est entendue par le projet eBalzac qui entend revenir aux sources, offre la possibilité au lecteur de découvrir une nouvelle Comédie humaine, exempte de beaucoup de lourdeurs longtemps stigmatisées par la critique, et dans un format numérique.

Andrea Del Lungo (Université Lille 3) : La quête du style, ou comment récrire dix fois un roman

L’œuvre de Balzac fournit un cas exemplaire pour l’analyse génétique et stylistique, en raison des modifications régulières apportées par l’auteur au fil des éditions imprimées d’un même texte : cette pratique de la récriture frappe par son ampleur, et s’oppose par sa richesse à la représentation courante que l’on a des processus d’écriture, ainsi qu’au lieu commun consistant à considérer Balzac comme un « forçat de la plume », obligé par des soucis financiers à écrire vite, voire mal. Si les manuscrits balzaciens témoignent de la rapidité du premier jet de l’écriture, les épreuves et les éditions imprimées montrent un travail extraordinaire d’amplification (dans les épreuves) et de réajustement perpétuel (au fil des éditions) qui relèvent d’une véritable quête du style – que l’on peut aussi considérer comme un état de « perfection » toujours recherché et jamais atteint. L’édition électronique des états imprimés du texte qui comportent des interventions auctoriales permet de visualiser et d’apprécier ce travail sur le style, dont je voudrais analyser des éléments portant sur la ponctuation, les connecteurs, les épithètes, la syntaxe et la cohérence narrative. L’exemple choisi est celui de La Peau de chagrin, roman qui a connu dix versions successives, dont les modifications affectent non seulement la forme, mais aussi le sens.

Tania Duclos (University of Saskatchewan) : L’intertextualité balzacienne : une question de style ?

En 1876, Victor Fournel écrit que la « grande lacune » de l’écriture de Balzac est son style. Il s’agirait de sa « préoccupation constante », une préoccupation qui le pousserait à tenter de « s’assimiler un style qu’il admirait […] çà et là jusqu’à la copie ». Pour appuyer ses propos, il donne en exemple des extraits de descriptions de personnages féminins de Béatrix grandement influencées par des articles de Théophile Gautier. Depuis, sans en connaître l’étendue complète, on connaît la relation intertextuelle qui unit l’œuvre de Gautier à celle de Balzac. Avons-nous simplement sous les yeux un problème de style, résolu à l’aide de phrases empruntées à Gautier qui, toujours selon Fournel, était l’ami qui « excitait le plus l’envie de Balzac par la tranquille supériorité de son style » ?

Pour apporter des éléments de réponse à ce questionnement, il convient non seulement d’examiner ce qu’apporte au style de Balzac celui emprunté à Gautier, mais aussi (et surtout) l’effet résultant de ce style désormais hybride. Il s’agit d’une pratique intertextuelle logique que je propose d’explorer dans le cadre de ma communication pour mieux la mettre en relation avec une pratique similaire, celle de la récriture. En effet, un premier logiciel de détection d’homologie de séquence (développé grâce au projet Phœbus) a permis la découverte d’un cas de reprise d’un texte issu du Traité de la vie élégante dans Madame Firmiani. La confrontation de cette présence intratextuelle aux exemples intertextuels de Béatrix est importante : elle démontre qu’au-delà du style, l’intertextualité devient un moteur de création donnant lieu à un phénomène d’amplification du texte. L’intratexte, pour sa part, est d’origine balzacienne, mais son transfert dans un nouveau contexte lui accorde une autre importance. Dans les deux cas (inter et intratextuels), ces pratiques marquent la création des personnages concernés en les doublant de référents textuels qui les investissent d’un sens propre.